

« J'ai démarré dans la police à Dunkerque en mai 1968. À cette époque, c'était la grève générale dans le pays. Pour rejoindre le commissariat, je n'ai pas pu passer sur la place de la mairie qui était envahie par des manifestants. J'ai dû venir par le quai des Hollandais. En ces temps de désorganisation, le commissaire n'avait même pas été prévenu de mon arrivée. Il m'a même dit : "vous êtes sûr d'avoir été nommé ici, vous avez un papier ?" » C'était le 10 mai 1968 et Denis Czernik, fraîchement diplômé de l'école de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, dans le Rhône, avait 22 ans et demi. Il se souvient, amusé, qu'il avait mis son plus beau costume et sa plus belle cravate pour ce grand jour. Un peu décalé dans une ville envahie par les grévistes. Ce Rosendaelien de naissance redécouvrait Dunkerque sous un nouveau jour.
« En mai 1968, les usines étaient occupées nuit et jour par les grévistes. » Denis Czernik, en plus d'aller régulièrement à la rencontre des grévistes sur les piquets de grève, avait pour mission de veiller à la sécurité quand ceux-ci descendaient dans la rue pour manifester. Parmi eux, des amis d'enfance du policier, « ils me charriaient mais c'était toujours bon enfant », mais aussi son père. « Il travaillait aux Chantiers navals et faisait partie des manifestants, que moi, j'étais chargé d'encadrer. »
Ce jeune policier devra attendre quinze jours pour rencontrer son premier voleur. « Un jour, un piquet de grève d'une société du port m'a amené un homme qu'il avait surpris en train de voler des objets. C'était mon premier voleur, après plusieurs semaines de présence ici. » L'absence de délinquance pendant les périodes de tension sociale, une théorie que Denis Czernik a pu vérifier tout au long de sa carrière. « C'était le néant au niveau pénal. » Denis Czernik n'a pas souvenir non plus d'un coup de matraque sur les Dunkerquois. « L'ambiance était plutôt bon enfant, à l'image du bon esprit dunkerquois. Contrairement à ce qui se passait à Paris à l'époque, à Dunkerque, les policiers n'ont pas eu à rétablir l'ordre. » C'est plus tard pour lui que les choses se sont corsées. « Mai 68, c'était rien par rapport à ce qu'on a connu par la suite à Dunkerque avec la Normed, la réforme portuaire et Usinor. »
ANNE-CHARLOTTE PANNIER
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