

PAR OLIVIER TARTART
dunkerque@lavoixdunord.fr « Polar dunkerquois ». Naissance d'un genre ?
- Maxime GILLIO : « C'est peut-être un peu réducteur. Cela marque surtout la volonté de Gilles Guillon (directeur littéraire chez Ravet-Anceau) de créer un courant. Un troisième auteur dunkerquois devrait publier son premier roman chez Ravet-Anceau en fin d'année. Moi, ce qui m'importe davantage, c'est que les lecteurs s'identifient à la série Dacié-Marquet et pas seulement à la localisation géographique.
» Pourquoi avoir ancré vos histoires à Dunkerque ?
- Christophe LECOULES : « Pour Mort à Dunkerque, mon premier bouquin, il me fallait un port et une prison. Cela aurait pu se passer à Brest ou au Havre ! Lors de l'écriture, j'ai découvert le roman de Maxime, Bienvenue à Dunkerque, celui de Franck Thilliez, La Chambre des morts. Je me suis alors dit que Dunkerque pouvait être une bonne idée. » - M. G. : « Il faut toujours être sur la corde. Éviter d'écrire une histoire qui puisse se passer ailleurs mais ne pas écrire quelque chose qui ne puisse être lu qu'à Dunkerque. Dans L'Abattoir dans la dune, le danger est que cette histoire de serial killer puisse se vivre ailleurs. D'ailleurs, le commissaire Dacié ne cesse de dire : "Ce n'est pas possible d'avoir un serial killer à Dunkerque." ! » Tâchez-vous de respecter la topographie dunkerquoise ou non ?
- C. L. : « Pour mon premier roman, non ! Mon propos était d'abord le décalage entre l'auteur, le narrateur, le personnage. Pour le deuxième, j'ai procédé différemment. J'ai pris des photos et des notes, filmé, sur le terrain. Ensuite, il faut épurer quand on passe à l'écriture pour que cela ne soit pas un documentaire, tout en restituant l'ambiance. Cela m'a beaucoup plu. Je suis à Dunkerque depuis six ans, cela m'a permis de découvrir les lieux. » - M. G. : « Contrairement à Christophe, j'ai grandi à Dunkerque. Bon, je consulte une carte de Dunkerque pour le nom des rues. Mais pour le premier, c'était le cadet de mes soucis. Lors des signatures, les lecteurs m'ont dit avoir reconnu des sites donc je considère depuis avoir un contrat moral avec eux. La préoccupation géographique m'habite davantage aujourd'hui. Il faut aussi être rigoureux quand on parle d'un métier, d'un milieu social, de procédures juridiques. Pourtant, j'ai horreur du documentaire, il faut trouver la limite entre le pédagogique et le pédant. Je préfère jouer un peu avec la réalité. » - C. L. : « Il faut sacrifier à la fluidité de la narration quelques détails qui peuvent sembler importants. Si c'est pour tomber sur un spécialiste parmi 100 lecteurs, ce n'est pas très grave. » - M. G. et C. L. : « Et on s'est rendu compte d'un fait amusant : dans les bouquins, il y a toujours des morts rue Belle-Rade. Ca commence à craindre à Malo ! » Trouvez-vous le temps de lire ?
- M. G. : « Oui, presque exclusivement des polars. C'est un genre hypercodifié, le plus lu. Pas le plus facile car il faut trouver son originalité. Lecteur, je suis une éponge. L'Abattoir... a été écrit sous influence de Fred Vargas. Pour le 3e , j'ai beaucoup lu Cavanna. On est toujours en phase d'écriture en fait. Mais le pire est de lire ce qu'on est en train d'écrire. » - C. L. : « C'est ma grosse angoisse ! Ravet-Anceau a par exemple reçu un manuscrit de 750 pages sur un tueur en série dans le carnaval alors que je venais de finir Une Nuit de carnaval... Je ne lis que du polar mais je suis lent. Il faut rester modeste : tout a déjà été écrit dans le polar ! » Vos prochain romans seront-ils toujours dunkerquois ?
- C. L. : « J'ai plein d'idées sur Dunkerque : un polar historique à Malo au début du XXe siècle, ou pendant l'opération Dynamo auquel mon grand-père a participé. Écrire une suite ? Cela m'intéresse mais j'ai des idées qui partent dans tous les sens. Pour moi, la narration est plus importante que l'intrigue elle-même. Je me suis polarisé là-dessus. » - M. G. : « J'écris le troisième volet du cycle Dacié-Marquet, Le Cimetière des morts qui parlent. Après une peinture sociale, un thriller psychologique, là, ce sera les moeurs. Sur un mode un peu comique. Avec un côté Bienvenue chez les Flamands car je pense "régler quelques comptes" avec l'arrière-pays, où j'ai habité durant quelques années. Le cycle Dacié-Marquet est prévu comme une tétralogie, on apprendra pourquoi il est venu ici. Ensuite, j'ai d'autres idées comme une nouvelle série avec une privée comme héroïne, écrit à la première personne. Mais aussi un roman avec des tueurs à gages qui se rencontrent dans le métro. C'est pas possible à Dunkerque donc ça se passera à Londres ! »
> À lire aux éditions Ravet-Anceau : « Bienvenue à Dunkerque » (224 p., 9 E) et « L'Abattoir dans la dune » (320 p., 12 E) de Maxime Gillio
« Mort à Dunkerque (352 p., 12 E) et « Une Nuit de carnaval (384 p., 12 E) de Christophe Lecoules.
Soyez le premier à donner votre avis