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Dimanche 22 janvier 2012

"Jours souterrains": une histoire troublante de séquestrations par Arne Lygre

Peut-on "sauver" quelqu'un contre son gré ? La pièce "Jours souterrains", présentée à l'Idéal de Tourcoing par le Théâtre du Nord, interroge au travers d'une histoire de séquestrations les ambivalences des relations humaines par le jeu d'une écriture troublante.

La pièce de l'auteur norvégien Arne Lygre est donnée à Tourcoing jusqu'au 27 janvier dans une mise en scène de Jacques Vincey, avant d'être montée à La Colline à Paris du 8 au 12 février dans un spectacle de Stéphane Braunschweig joué en allemand sous le titre "Tage unter".

"Jours souterrains", c'est l'histoire d'une séquestration, ou plutôt de plusieurs, où chacun est tour à tour victime et bourreau.

"On pense bien évidemment à certains faits divers sordides qui ont animé l'opinion publique ces dernières années, comme l'affaire Natascha Kampusch ou Josef Fritzl. Mais le texte de Lygre a été écrit avant que ces faits ne soient connus", précise Jacques Vincey.

Sur scène, un homme - le "Propriétaire" - se tient face à une "Femme". Ils se remémorent leur rencontre. On croit d'abord à une histoire d'amour, puis on apprend qu'en fait cela fait plus d'un an qu'il la retient prisonnière. Pour la "sauver", explique-t-il, alors qu'une "Fille" apparaît soudain, elle aussi séquestrée dans une pièce souterraine, "le Bunker".

Plus tard viendra un jeune homme, lui aussi emprisonné par le Propriétaire, vieil homme énigmatique, qui à la fin de sa vie s'est donné pour mission de réinventer des êtres qu'il juge en perdition.

Mais jusqu'où peut-on aller pour "sauver" quelqu'un ? Peut-on vraiment réinventer les êtres contre leur gré ? Les questions sont nombreuses, les réponses chaque fois ambiguës, la réalité toujours fuyante, à l'image d'une violence bien présente mais jamais vraiment montrée.

"Dans le théâtre de Lygre, le trouble est constant, aussi bien créé par le sujet de la pièce que par sa forme d'écriture, qui utilise plusieurs niveaux", souligne Jacques Vincey.

"Le spectateur est forcé d'avancer comme sur une neige de printemps, qui se dérobe sans cesse sous ses pieds, il est forcé de s'impliquer, de se raconter sa propre histoire", ajoute-t-il.

Le jeu des comédiens, tour à tour poupées désincarnées au ton monocorde, puis figures engagées hurlant leurs peines, ainsi que le décor - une pièce aux murs blancs, au milieu de laquelle gît une glace sans tain - renforcent le trouble, instaurant un doute constant sur la réalité de ce qui est à voir.

Les personnages eux-mêmes se jouent des situations, parlant d'eux à la troisième personne, ouvrant le champ des possibles par des "ou bien", commentant leurs actions ou celles des autres, à la fois acteurs et narrateurs.

"Je suis là pour toi", ne cessent-ils de répéter, comme pour se rassurer sur le lien qui les unit. A moins que ce ne soit une menace implicite. Ou tout simplement pour se convaincre de leur propre existence au travers du regard de l'autre. L'ambiguïté reste entière.

AFP/Par Delphine PAYSANT  AFP  

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